10/01 AU 23/02 – Nina Tomàs – Logiques du flou – Nosbaum Reding Projects Luxembourg

10/01 AU 23/02 – Nina Tomàs – Logiques du flou – Nosbaum Reding Projects Luxembourg
Vernissage le 10 janvier 2019 à partir de 18h.
Exposition du 10 janvier au 23 février 2019.

La peinture de Nina Tomàs engage beaucoup en termes de sujets (systèmes écologiques, économiques, informationnels, nerveux ; vies singulières, la sienne et surtout celles des autres, rencontré.e.s au fil de voyages ou proches ; identités locales, globales et hybrides…) et de dimensions : matérielles (aussi bien dans ce qu’elle représente d’écosystèmes que dans l’exploration des matérialités des représentations qu’elle propose et des supports qu’elle travaille comme volumes, recto et verso) et oniriques. La part du rêve, et de son travail*, anime en effet ses œuvres dans leurs modes de compositions basés sur l’association de figures, de temps et d’espaces hétérogènes.

S’il n’est pas à proprement parler question de collage dans ses tableaux, tous établissent progressivement un complexe narratif, toujours mâtiné d’abstraction, à partir de fragments d’images et de motifs retirés, séparés de leurs contextes d’origine et articulés entre eux de façon à la fois empirique et critique. À chaque connexion, à chaque relation entre ces éléments se nouent des effets de signification et d’interprétation (tel le déplacement des regards occidentaux sur des femmes musulmanes indiennes dans Petit creux). S’ouvre un vaste espace mental chez celles et ceux qui les regardent et qui engagent à leur tout un travail de traduction des signes agencés. Ceux-ci sont minutieusement dessinés et peints, comme pour induire une attention supplémentaire de notre part (ce que la loupe de la Chercheuse de fil semble nous suggérer): y voir mieux, y débusquer le détail, l’élément qui permettrait de dénouer l’énigme que demeure, in fine, chaque tableau.

À ces agencements internes s’ajoutent deux autres degrés de complexités spatiales, visuelles, tactiles et mentales. D’abord à travers l’articulation en diptyques de petits formats disposés en angles, complétée par de dialogues entre des petits tableaux accrochés aux murs et d’autres, au motifs décoratifs abstraits, disposés en volumes au sol. Mais aussi à travers le trouble visuel induit par la reprise picturale des trames de motifs de tissus (Extinction, Ascenseur spirituel). Enfin, l’exploration récente du format circulaire (tondo), propice au retournement des flux de significations relationnelles entre les signes agencés, à la perte des repères traditionnels (haut-bas-droite-gauche), augmente le trouble, l’énigme et l’expérience visuelle et mentale des regardeurs.

Se dégage de l’ensemble une poétique singulière et complexe, qui explore les relations possibles d’analogies et de significations entre des régimes hétérogènes de signes, où le travail archaïque du rêve rencontre le flux contemporain des images, de leurs médiations (ce que le format tablette de certaines peintures souligne), de leurs connexions et de leurs énigmes.

Tristan Trémeau

* Le travail du rêve (Traumarbeit) est l’opération qui, selon Freud, permet de transformer les pensées latentes d’un rêve en contenu manifeste du rêve, tel que celui-ci se présente au rêveur ou à la rêveuse.

Tristan Trémeau est critique d’art et docteur en histoire de l’art. Professeur à l’ARBA-ESA à Bruxelles et à l’ESAD TALM-Tours, il est commissaire d’expositions en musées et centres d’art et a publié de nombreux articles dans la presse artistique francophone depuis le milieu des années 1990 (Artpress, Art 21, L’art même…) et essais pour des catalogues d’expositions (Wim Delvoye au MUDAM à Luxembourg, 2016, Radenko Milak. University of Disasters, Biennale de Venise, 2017…).

Nosbaum Reding Projects
4, rue Wiltheim L-2733 Luxembourg

www.nosbaumreding.lu/projects

 

Lire tous les articles sur Nina Tomàs :
http://pointcontemporain.com/tag/nina-tomas/

 

 

Nina Tomàs, Chercheuse de fil, 2018. Huile, collage et crayons sur toile, 30 x 22 cm. Photo Jodie Stella
Nina Tomàs, Chercheuse de fil, 2018. Huile, collage et crayons sur toile, 30 x 22 cm. Photo Jodie Stella

 

 



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