08/09 ▷ 21/10 – Indicible topographie – Centre d’Art Contemporain du Luxembourg belge

08/09 ▷ 21/10 – Indicible topographie – Centre d’Art Contemporain du Luxembourg belge

Exposition «Indicible topographie» accessible du 8 septembre au 21 octobre 2018 du vendredi au dimanche de 14h30 à 18h00 et sur rendez-vous – Entrée libre

De septembre à octobre, la nature accomplit la part du cycle indicible qui la fera renaître au printemps, modifiant les aspects de Montauban sans en dénaturer le permanent. Mais de tels lieux peuvent-ils se dire, entre ce qui varie et ce qui reste, entre ce qu’ils laissent transparaître et les abîmes de leurs énigmes les plus secrètes ? Et qu’en peuvent dévoiler les visions et les mains des artistes contemporains ?

« Indicible topographie », tel est le thème des propositions que fait un automne qui, dans les containers, et à travers d’éloquents puits de lumières, n’hésite pas à plonger au coeur de la nuit viscérale des grottes, et de leurs mystères, avec, comme en échos, des gravures minérales dotées d’assez de volumes pour y sculpter des cavités, pendant que d’autres résonnent aux chants que composent sur elles, en passant, les flots de la rivière. Des prises d’escalade poussent à lâcher prise et, au deuxième étage, des surfaces noires vibrent de frêles lignes claires, où les ondes de leur longueur tremblent, de par leur fréquence. Dressés dans le bureau, de grands bois ouvragés, de par leur nature intermédiaire, sont peut-être les portes d’accès vers un univers différent, où l’ombre qu’est la matière deviserait avec ses vacuités.

Alain Renoy

 

ALEXANDRE CHRISTIAENS – Espace René Greisch

Dans une photographie, l’oeil est libre de voyager, et lorsque son voyage accompagne ceux que l’artiste a accomplis, les espaces en sont refigurés. Mais lorsque l’image évoque par-dessus tout le temps, le spectateur se transfigure à travers sa vision des signes d’heures qui sont passées, et ces vestiges d’endroits détruits ou abandonnés le renvoient à sa native fragilité. De ces lieux d’anciens usages ou d’habitats délabrés, aucun n’est plus obscur ni brut que la grotte, la froide matrice de notre espèce. En résonance avec les gravures de Roby Comblain, les portraits de leurs entrailles par Alexandre Christiaens, mondes d’ombres autour de puits de lumières, où le végétal épouse les mille gris de lecture de la pierre, s’exposent dans des containers qui, après leurs périples maritimes, ont trouvé repos sur terre, au milieu de ruines revivifiées par l’art, et sa nature particulière.

Alexandre Christiaens © A C Indes Diu 2008
Alexandre Christiaens © A C Indes Diu 2008

 

 

ROBY COMBLAIN – Espace René Greisch

Scénographe adonné à la gravure, Roby Comblain met les siennes en sculptures sur la scène des containers, en écho aux photos d’Alexandre Christiaens, qui percent la nuit des grottes d’intenses lumières. S’inspirant de ces images, à la fois minérales et viscérales, et des ruines du site bas, il creuse les lignes que suivent ses dessins, anticipant déjà leur placement final, puis les chiffonne et les presse, ce qui leur prête des plis qu’il retravaille, avant d’assembler les diverses parties en un tout qui prend du volume et une ampleur spatiale. Dans la rivière, en automne, 75 gravures aux motifs de pierres laissent s’écouler sur elles l’onde et ses sons naturels, tandis qu’une vidéo et une fiole relatent la distillation d’une autre gravure, exposée aux intempéries de janvier à avril. Ici et là, l’art s’entend à mêler les éléments et les sens, à les associer sur une seule scène essentielle.

 

Roby Comblain, SCENOLINO , « CHAOS », 2018, gravure
Roby Comblain, SCENOLINO , « CHAOS », 2018, gravure

 

AURÉLIE AMIOT – Espace René Greisch

Le travail d’Aurélie Amiot s’articule entre dessins, céramiques et installations. À travers la pratique du modelage et de l’estampage, elle élabore intuitivement un répertoire de formes et d’images ambiguës, parfois identifiables, ou faisant penser à. Elle laisse dans la terre fraîche l’empreinte d’un dessin sans encre, dont les surfaces convoquent des notions telles que le dur-le mou, le lissele hérissé. À l’inverse, les dessins s’orchestrent souvent en série. Ils accumulent du temps, un état de conscience et de concentration associé à l’énergie d’un tracé, des densités, un mouvement, des surfaces. L’ensemble dialogue à travers un dispositif scénographique permettant d’entrevoir les glissements et les prolongements de ces pratiques.

 

Aurélie Amiot, « Lâché prise », céramique, dimension variable
Aurélie Amiot, « Lâché prise », céramique, dimension variable

 

LAURENT SCHOONVAERE – Espace René Greisch

Dessinateur et graveur, passionné par la diversité des modes d’expression artistique, et les enseignant, Laurent Schoonvaere, à travers sa pratique de plasticien, se montre un subtil passeur d’atmosphères. Carnet en mains, il les appréhende puis les donne à discerner dans ses oeuvres, grâce à la pointe patiente de son bic ou au sombre tracé de ses fusains. Plutôt que d’imposer ses vues, il les suggère, plutôt que de figurer des matières, il tend à les abstraire, à les rendre poétesses d’elles-mêmes, à leur offrir le vague qui leur convient. Dans ses papiers encrés au noir, puis mis en plis par le soin de ses mains, vibrent des lignes qui sont autant d’horizons où transparaissent de fines lumières. Elles se détachent du fond sombre, le font frêlement trembler, parfois évitent de s’y insinuer, afin d’atteindre, de par leur répétition et leur fréquence, la densité de la substance.

Laurent Schoonvaere, papier (détail)
Laurent Schoonvaere, papier (détail)

 

CÉLESTIN PIERRET – Bureau des forges

Chez Célestin Pierret, artiste autodidacte, et, durant deux saisons, directeur artistique du CACLB, le bois vit entre le vide et la matière, entre l’ombre qu’il est au naturel et ses creux mis en lumières. Sa main sculptrice prête légèreté et intelligence à ses grands arbres, en exprimant leur essence à travers des formes étranges et des entrelacs. Ce qui apparaît alors est un microcosme proche de la pierre et vertical, qui mêle le végétal, le minéral et des indices de créatures qui mettent l’homme à la portée de l’esprit, ou de l’animal. À moins que, leurs mouvements figés dans leur finesse, elles ne participent à un sacré qui nous échappe sans cesse, et dont ces sculptures ne sont peut-être que des portes d’accès, ouvertes sur un mystère fait de lumières et d’ombres, de matière ou de ces vides qui traversent les oeuvres de chair que nous sommes, et qui nous fondent.

Célestin Pierret, «Sans titre», 2015, sculpture (détail), bois , hêtre - Photo: Maëlle Collin
Célestin Pierret, «Sans titre», 2015, sculpture (détail), bois , hêtre – Photo: Maëlle Collin

Centre d’Art Contemporain du Luxembourg belge
Site de Montauban-Buzenol
Rue de Montauban – 6743 Buzenol

www.caclb.be/fr



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