[EXPOSITION] 13/10 ▷ 25/11 – RAPHAËL DENIS – EUROPA – Galerie Sator – Paris

[EXPOSITION] 13/10 ▷ 25/11 – RAPHAËL DENIS – EUROPA – Galerie Sator – Paris

Exposition personnelle Europa de Raphaël Denis du 13 octobre au 25 novembre à la Galerie Sator, Paris.

Vernissage le samedi 14 octobre en présence de l’artiste de 15h à 20h.
Evénement Private Choice du 16 au 22 octobre.

Vincent Sator est heureux de vous présenter EUROPA, la quatrième exposition personnelle de RAPHAËL DENIS à la galerie du 13 octobre au 25 novembre.

Raphaël Denis_galerie Sator_europa

 

ÉTHOLOGIE, subst. fém. « Étude des mœurs et du comportement individuel et social des animaux domestiques et sauvages*».

Après des séries d’œuvres attachées à l’histoire récente et en particulier à celle de la Seconde Guerre mondiale, perçue à travers des documents relatifs aux œuvres d’art alors soumises au pillage, Raphaël Denis livre avec EUROPA une exposition plus prospective, indissociable du climat qui s’est développé ces derniers années sur le « Vieux continent » et attachée à la question du territoire, envisagée dans une perspective éthologique. Les œuvres réunies à cette occasion, réalisées entre 2009 et 2017, condensent des réflexions sur les symboles, anciens et récents, de la conception européenne du territoire. Elles suggèrent également l’omniprésence du champ de ruines, ce paysage familier auquel a fréquemment abouti l’affrontement des nations – entités toujours présentées comme l’un des principaux moteurs du monde contemporain, liées à un territoire défini, constituées autour d’un socle de valeurs communes et d’une histoire partagée, qui rassemblent tout autant qu’elles rejettent.

Les pièces inédites côtoient ainsi des productions plus anciennes, avec lesquelles des liens formels et intellectuels se tissent aisément. Deux éléments principaux composent le vocabulaire de ce projet : le bunker et le drapeau, à partir desquels l’artiste joue sur les effets d’individuation et de standardisation et qui constituent autant de modules assemblés dans des installations à configurations multiples, proposées en vis-à-vis.

Regelbau-Collapse est ainsi composée d’un ensemble de vingt-huit bunkers en béton posés sur un sol qui semble les avoir engloutis. Ces constructions s’inspirent des blockhaus du Mur de l’Atlantique, érigés pendant la Seconde Guerre mondiale par les forces d’occupations sur les plages du littoral – des édifices, à l’aspect faussement indestructible, conçus pour défendre une frontière le temps d’un conflit, en préserver le contour tout en permettant sa surveillance permanente. L’installation rappelle le délitement et l’obsolescence de toute barrière, promise à la ruine et à l’enfouissement.

Surplombant ce regroupement, EUROPA – Grand ensemble est constituée de vingt-huit drapeaux plantés au mur, figés dans un drapé statique. Par ses motifs et codes chromatiques, par sa signification historique, le drapeau est l’une des productions matérielles symboliques les plus fortes du concept de nation. Sur ceux élaborés par Raphaël Denis ne figurent ni couleur ni motif. Le plomb – un métal lourd, aussi dangereux que protecteur, dont la souplesse permet de produire un effet de drapé – a remplacé l’étoffe. La toxicité du matériau évoque le danger du nationalisme alors même que par sa neutralité chromatique, le drapeau en plomb ne revendique aucune fierté patriotique. Ces bannières indifférenciables renvoient ainsi l’image froide et lugubre d’une Europe qui aurait neutralisé les peuples et balayé les promesses d’une union forte et fructueuse.

Qu’il s’agisse de l’évocation des vingt-huit membres de l’Union ou de ses six nations fondatrices – incarnées par les pièces de Grand EUROPA, hauts drapeaux de protocole accompagnés de gravats mêlant plomb, acier et béton, dont trois exemplaires sont présentés dans la galerie –, les étendards de Raphaël Denis sont condamnés à ne jamais claquer fièrement au vent ; la bannière voit ainsi l’arrogance de son statut habituel annihilée et son apparence évoquer celle d’un emblème triste et vain, surgi au sein de décombres du monde industriel.

En plus d’un mur regroupant divers projets, mêlant œuvres en gestation et créations anciennes, un tableau sur lequel est inscrit « Vernichtet » est accroché dans la galerie. Produit dernièrement dans le cadre de séries sur les œuvres spoliées, présentant une surface mate enfermée dans un cadre calciné, il se réfère à une catégorie particulière de victimes des horreurs de la guerre – les œuvres d’art arrachées à leur propriétaire, finalement devenues témoins symboliques d’une mémoire collective. Les pièces de la série matérialisent en effet les créations saisies à des collectionneurs juifs en France avant d’être détruites par l’administration nazie, anéanties par les flammes à proximité du Louvre, lors d’un improbable bûcher dans la cour du jardin des Tuileries au sein duquel, par centaines, disparurent des œuvres jugées dérangeantes ou encombrantes.

Deux tirages photographiques noir et blanc, datant de 2009, complètent enfin l’exposition. Titré Adieu clairon, le plus imposant – obtenu à partir d’un négatif en verre du début du XXe siècle retravaillé à l’aide de différents outils et matériaux – présente le portrait d’un homme âgé en uniforme de maréchal, paré de médailles. La fierté de la pose, singeant celle des grands portraits militaires, est contredite par la cicatrice béante qui traverse l’image de part en part, évoquant tant les violences de la guerre que celles des rancunes familiale et de la mémoire collective. Face à ce héros désacralisé à l’emphase ridicule, une photographie prise à Berlin la même année – à une époque où la mise en œuvre de logiques de réarmement, de fermeture des frontières et de créations de forteresses en Europe semblait encore à la majorité une hypothèse peu crédible – présente les mots Nie wieder Krieg ! (« plus jamais la guerre ! »), inscrits à la craie sur un mur dont la surface criblée rappelle celle des bunkers. Ce slogan pacifiste et fragile, déposé sur des déchirures et saisi par hasard, apparaît finalement comme une clé de lecture voire une ligne conductrice de cette décennie de création durant laquelle Raphaël Denis s’est attaché à la fugacité et à la puissance des traces – celles des ancêtres, des créations calcinées, des périls militaires – ainsi qu’à la question de la sauvegarde de la mémoire. Les œuvres regroupées pour EUROPA explorent de nouveau ces thématiques selon différents points de vue, avec une variété de médiums et d’échelles qui permettent au spectateur de basculer tour à tour des rêves de démesure au sentiment de sa propre petitesse.

Septembre, 2017

*Martial Villemin, Dictionnaire des termes vétérinaires et zootechniques, Paris, Vigot frères, 1975.

Galerie Sator
8 passage des gravilliers 75003 Paris
Ouverture du mardi au samedi de 14h à 19h et sur rdv.
www.galerie-sator.com/accueil

Exposition_Europa_Raphaël-Denis_Galerie-Sator



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