INSTRUCTIONS POUR COUPER LES FICELLES

GALERIE ALBERTA PANE

INSTRUCTIONS POUR COUPER LES FICELLES

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Gayle Chong Kwan
Gaetano Cunsolo
Léonard Martin
João Vilhena

Vernissage jeudi 22 octobre dans le cadre de Le PARI(S) et la Nocturne des galeries de la FIAC

La scène du théâtre a été désertée. Les marionnettes et les ruines du décor gisent au sol. Leurs ficelles, toujours visibles, ont été coupées.

« Instructions pour couper les ficelles »* rassemble quatre artistes d’horizons différents dont la pratique dévoile souvent l’arrière-scène ou le hors-champ de l’œuvre. Dans la prise de vue des décors conçus à l’atelier de Gayle Chong Kwan, les dessins habiles de João Vilhena, les escaliers de Gaetano Cunsolo ou les peintures de Léonard Martin on reconnaît les coulisses, les entrailles de l’œuvre, ce qui est normalement dissimulé, ignoré ou situé hors du regard des spectateurs.

L’arc ovale blanc et la série Blind vistas de Gayle Chong Kwan évoquent un paysage lunaire. La récupération de matériaux et le voyage imaginaire sont au centre du travail de cette artiste londonienne. White Oval Arc ouvre une porte vers un monde fabriqué en hommage à Méliès et son Voyage dans la Lune. Le papier découpé, reconnaissable, tisse une scénographie infinie où le mécanisme reste visible.

Get on the pulpit est une série de petites sculptures en forme d’escalier, ce dispositif architectural d’où rayonnent toutes les perspectives. Gaetano Cunsolo déconstruit dans ses œuvres un tel rayonnement. Lorsqu’il décide de tordre l’escalier jusqu’à lui faire suivre une forme circulaire, la perspective devient une confusion de lignes de fuite où les repères ont tendance à se perdre. Dans ces sculptures, l’escalier n’est plus un dispositif d’ascension. Il s’agit peut-être d’une invitation à repenser les supports qui garantissent périlleusement l’ordre établi des pouvoirs.

De son côté, les peintures de Léonard Martin ont souvent comme point de départ des photographies de décors construits à l’atelier. Pour reprendre les mots de l’artiste : le tableau est la reprise d’un instant sur lequel on peut s’attarder pour redonner chair aux images qui coulent et qui fuient en permanence. Dans ses films d’animation, installations et grandes sculptures, les personnages ne dérobent pas leur condition de créature. Ils prennent pourtant la liberté de rencontrer sans peur des grands noms de l’histoire de l’art et la littérature comme James Joyce, Paolo Uccello ou Murasaki Shikibu. Écrivaine et poète japonaise du XIe siècle, Shikibu est l’auteur du Dit du Genji, récit qui a inspiré la série de Variations Genji.

Dans la quiétude de ces peintures, on aperçoit des fils délassés, des tissus abandonnés qui semblent revivre dans un paysage où se déploie l’inertie d’un monde pensé en mouvement.

João Vilhena dessine avec précision les bords des cartes postales anciennes. À l’instar de petites fenêtres, ces cartes offrent des scènes chargées d’un érotisme qui cache de nombreuses histoires possibles. Ses dessins photoréalistes sont pourtant parsemés d’imperfections vertigineuses. L’artifice, ce procédé astucieux destiné à créer une illusion, est ici renversé par un jeu de pistes interminable et sans but précis. Les dessins de João Vilhena révèlent ainsi les failles d’une fiction appelée à tomber, à assumer le vide et rebondir dans l’incertitude.

En 1969 Julio Cortázar publie la suite de ses « Instructions pour monter un escalier »**. Il s’agit cette fois d’un mode d’emploi pour monter un escalier à l’envers. Le genre prescriptif qui caractérise le mode d’emploi y est traité de manière parodique dans une suite d’instructions déconcertantes.

Le temps de l’exposition, sous le regard des instructions de Cortázar, chaque œuvre serait une étape à suivre issue d’un mode d’emploi non prescriptif et non linéaire.
Une fois coupées, les ficelles ne relient plus l’œuvre et son auteur. C’est à l’aide de l’observateur qu’elles reprennent le souffle, que le décor se reconstruit, mû par l’élan des nouvelles perspectives.

Ananay Arango

* L’expression « tirer les ficelles » dénote l’acte de manipuler une situation, de faire agir les autres sans se montrer ou d’être l’inspirateur caché d’une personne ou d’une activité. Par allusion aux ficelles des marionnettes, elle désigne aussi l’artifice dans un art ou un métier.

** Appendice aux escaliers (Más sobre escaleras) texte paru dans Último round, un ensemble de deux tomes recueillant des essais, croquis et nouvelles courtes. Instructions pour monter un escalier a été publiés en 1962 dans : Cronopes et fameux.

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Date And Time

22/10/2020 - 14:00 to
05/12/2020 - 19:00
 

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