ANAÏS GAUTHIER DÉFAILLANCE SYSTÉMIQUE

ANAÏS GAUTHIER DÉFAILLANCE SYSTÉMIQUE

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ANAÏS GAUTHIER – DÉFAILLANCE SYSTÉMIQUE (2020)

– soutien technique Matthieu Grivelet

« Il est facile de faire correspondre à chaque société des types de machines, non pas que les machines soient déterminantes, mais parce qu’elles expriment les formes sociales capables de leur donner naissance et de s’en servir »1

Gilles Deleuze, 1990

Traversant l’espace, une courroie motorisée entraîne dans un parcours en circuit fermé quatre sculptures suspendues. Elles glissent le long de la courroie, tournent légèrement sur elles-mêmes, s’élèvent et s’affaissent. Une suite de réactions en chaîne les soumet tour à tour à des forces contraires.

Défaillance systémique est un manège, un théâtre de formes activées par des moteurs qui les immerge, les cogne et les gratte dans un processus de composition et de décomposition.

Tissus transparents, ouate, silicone, cire, graines et lentilles corail… Anaïs Gauthier agence les matériaux qu’elle incorpore les uns aux autres en couches stratigraphiques. Elle se fie à ses intuitions, prend la mesure, rééquilibre et répond aux exigences d’une matière dont elle fait l’apprentissage. Elle donne naissance à des formes creusées, faites de plis, de textures et de protubérances : des ourlets de matière qui attirent l’œil autant que la main. On aimerait y plonger nos doigts, fouiller leurs recoins pour en saisir la structure à la fois molle, dure et effritable.

Oscillant du beige au rose nacré, elles évoquent tour à tour le morceau de chair et la guimauve que l’on pétrit. Au-dessus du sol, elles dégagent quelque chose d’hybride et presque monstrueux, entre la chose morte et la chose qui vit, l’humain et le non-humain. Sans origine ni destination, innommables mais présentes au monde, les sculptures suspendues sont autant d’états de la matière, des formes en cours d’élaboration qui rencontrent dans leur parcours une somme d’objets récupérés ou reconstruits : le mobilier de l’usine.

Quand les moteurs se lancent, la fabrique se met en branle et prend vie dans un agencement de métal et d’organique. Le bruit assourdissant de la vis sans fin rappelle les descriptions douloureuses de François Bon dans Sortie d’usine (1982), lorsqu’il raconte l’aliénation des corps au travail, enfermés, amputés et rendus sourds par le fracas des machines. Aux rouages parfaitement huilés, à la propreté lisse et au silence d’une technologie de pointe, Anaïs Gauthier préfère le brinquebalement de la structure, les vibrations de la mise en route, le vacarme et les détonations. Elle ne dissimule rien au regard. Les mécanismes se montrent nus, sans enveloppe, et derrière une apparence massive et stable, l’installation toute entière révèle ses fragilités que viennent compenser des tuteurs fixés au sol et aux murs.

Anaïs Gauthier développe une pratique de la sculpture construite sur un équilibre des sensations. Elle navigue librement entre fascination et dégoût, attirance et malaise pour les formes qu’elle crée. Tout en provoquant chez nous un premier mouvement de rejet, elle convoque des souvenirs enfouis de l’enfance : le plaisir de voir les éléments prendre vie par l’action magique des rouages, la satisfaction à la vue des matières qui trempent, décantent, dégorgent et éclaboussent le sol de salissures. Tout en combinant le ludique et le terrifiant, Défaillance

systémique laisse planer le doute sur la fonction de la machine en route. À l’image d’un organisme vivant, elle semble capable de surprises et d’accidents, exerçant des forces aux conséquences incertaines.

Au plus près de l’installation, seule semble compter la question formelle du devenir de la matière : on porte une attention curieuse à ses réponses et ses mutations sous l’effet des martèlements, des frottements et des gestes mécanisés. Si Défaillance systémique rappelle Le cour des choses de Peter Fischli et David Weiss (1987) dans son exploration des réactions en chaîne, le recul permis par le dispositif suggère d’autres lectures. En sortant de la pièce, le visiteur s’extrait du huis-clos et observe les processus en cours de « derrière la vitre ». La ronde hypnotique et infinie d’ombres et de formes se fait alors fabrique infernale de corps en série, façonnés, usés et abîmés. En 1990 dans Post-scriptum sur les sociétés de contrôle2, Deleuze décrit comment chaque société, par le biais des machines de production qu’elle construit, développe ses propres modes de contrôle des individus. Derrière des assemblages ludiques, des rencontres matériologiques et des associations paradoxales d’objets et de formes, Anaïs Gauthier traduit le sentiment d’une violence arbitraire administrée aux corps. Avec Défaillance systémique, elle livre au spectateur un équivalent de son expérience d’être humain captif d’un système bâti sur le contrôle et la contrainte, que l’émergence d’individualités peut corrompre et détraquer.

– Lisa Eymet

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Date et heure

10-01-2021 - 14:00 à
31-01-2021 - 18:00
 

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