03/05▷16/06 – MATTHIEU BOUCHERIT – DARKROOM IN USE – GALERIE VALÉRIE DELAUNAY PARIS

03/05▷16/06 – MATTHIEU BOUCHERIT – DARKROOM IN USE – GALERIE VALÉRIE DELAUNAY PARIS

Exposition personnelle Darkroom in use de Matthieu Boucherit sous le commissariat de Marion Zilio​ du 3 mai au 16 juin 2018 à la Galerie Valérie Delaunay, Paris.

Vernissage le jeudi 3 mai de 18h30 à 21h

«Si la répétition nous rend malades, c’est elle aussi qui nous guérit ; si elle nous enchaîne et nous détruit, c’est elle encore qui nous libère. » Gilles Deleuze, Différence et répétition, Paris, PUF. 

Fut un temps où les photographes passaient d’innombrables heures enfermés dans des laboratoires à développer leurs prises de vue. Baignées dans une lumière rouge inactinique, les darkrooms étaient une fabrique à images, un lieu de révélation dans lequel des procédés chimiques et physiques travaillaient l’émulsion sensible d’images en devenir. En transformant la galerie en laboratoire, Matthieu Boucherit déplace la darkroom vers un autre registre, non pas technique ou économique, mais clinique. La boîte noire dont il s’agit de pénétrer le fonctionnement opaque concerne alors un autre appareil de traitement de la perception et de la mémoire.

Ce n’est pas un hasard si la psychanalyse est contemporaine de l’invention de la photographie, et si leurs vocabulaires respectifs coïncident si étroitement : appareil psychique et optique, espace de projection, révélation, latence, transfert, écran, flash… L’œil n’est jamais neutre. Il transforme la réalité pour en faire des images qui nous pénètrent en retour, et se branchent sur nos pensées et nos sentiments. La saisie du réel par la photographie a conduit à tout enregistrer, de manière indifférente au sens et au sensible. Tandis que le monde se doublait en images, que les clichés s’empilaient sans fin, gagnant en indifférenciation et se reformant en nous en constellation de souvenirs plus ou moins refoulés, la cure psychanalytique – inspirée de l’hypnose – libérait la parole sans tri, sans jugement ni discrimination. Cette dernière découpait notre film intérieur en séquences, jusqu’à la disparition graduelle de ses effets perturbants. L’une et l’autre répétaient inlassablement les images, la première au risque de la saturation, la seconde pour en évacuer la charge traumatique.
«Learn and Teach, How to Deal with Reality» pourrait être l’œuvre programmatique de la deuxième exposition personnelle de Matthieu Boucherit, à la Galerie Valérie Delaunay. Ici encore, les registres de vérité se sont imbriqués, la réalité construite par les industries de l’imaginaire — des médias aux films en passant par les jeux vidéo — organise une trame poreuse qui imbibe notre mémoire d’images de désastres. Aux stratégies de sidération orchestrées pour impressionner les publics, comme autant de surfaces sensibles, l’artiste superpose ses fameux filtres rouges inactiniques. Il dissimule et opère une sorte de zone frontière entre soi et le monde extérieur, afin de canaliser l’effraction de stimuli trop violents ou hypocritement culpabilisants.
Longtemps son attention s’est focalisée sur des sujets d’actualité, souvent graves et peuplés de victimes ; désormais, l’artiste tente de conjurer ses propres blessures, selon une boucle tout à la fois critique et clinique. Marion Zilio. Enseignant-chercheur. Critique d’art et commissaire d’exposition

Galerie Valérie Delaunay
22 rue du Cloitre Saint Merri, 75004 Paris



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