Tinus Vermeersch – Hide

Hopstreet Gallery

Tinus Vermeersch – Hide

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Tinus Vermeersch, untitled, 2019, panneau de carreaux de céramique

La pandémie de covid-19 a-t-elle eu un impact sur ton travail ?

C’est difficile à dire parce que je me trouve encore en plein dedans. Parfois, ce n’est qu’après coup qu’on se rend compte qu’un changement d’ambiance ou d’état d’esprit a eu un impact sur le travail. En tout cas, dans mon œuvre, je présente toujours les mêmes formes, sous des aspects à chaque fois différents. Au fil des ans, j’ai créé un univers personnel où apparaissent un certain nombre d’archétypes en constante transformation. Souvent, ce qui a provoqué le changement n’est autre que l’exploration d’un autre matériau – ce qui revient à une sorte d’influence extérieure. Bien que le monde que j’imagine semble être radicalement séparé du monde réel, je constate souvent, avec le recul, que ce dernier a eu plus d’influence que je ne le pensais à l’époque.

L’une des influences du confinement est certainement le fait que, tout à coup, il y a eu plus de temps. J’avais depuis longtemps envie de faire plus de sculptures et de travailler sur de grands formats, à la détrempe sur toile. Pétrir et cuire l’argile, préparer et tendre la toile : j’ai besoin d’avoir ces choses en main dès le début ; c’est une sorte de nécessité intérieure. Mais bien sûr, cela demande du temps. Et soudain, ce temps, il était là.

Quel est le rôle de l’artiste / sa responsabilité ?

Je n’ai pas vraiment d’opinion à ce sujet. Ne pense-t-on pas trop en termes pragmatiques, comme si l’artiste devait absolument être affecté à une tâche déterminée ? Il me semble que les artistes voient les choses différemment, qu’ils ont des antennes plus sensibles et qu’ils entendent mieux le son fondamental sous le bruit quotidien. Faire remonter le sous-jacent à la surface, sous la forme qu’il éprouve comme la plus proche de lui : peut-être est-ce là un rôle possible pour l’artiste.

Peux-tu nous expliquer comment tu as préparé cette exposition personnelle ?

Au départ, je cherchais un moyen de m’affranchir un peu de la technique picturale très stratifiée (et lente) qui est la mienne. J’ai pensé que ce serait une bonne idée de faire une série de petits paysages à la peinture à l’huile sur panneau, peints très directement et humide sur humide.

L’approche, certes, était libératrice, mais les résultats qui, en fin de compte, me satisfaisaient le plus, étaient quand même précisément ceux sur lesquels j’étais passé plusieurs fois. Apparemment, il y a quelque chose d’inévitable dans ma façon de travailler par couches superposées. Sans cela, je n’arrive pas au point où la méthode de travail et le contenu semblent coïncider. A cet égard, on peut dire que je me trouvais un peu dans une impasse.

Alors est venu le coronavirus. Et le confinement, comme je l’ai dit, m’a donné le temps de reprendre le fil de mon œuvre sculpturale et de mettre à l’épreuve les idées que j’avais pour peindre en plus grand format.

C’est ainsi que, d’une part, sont nées une série de petites sculptures en céramique qui sont pour ainsi dire une traduction tridimensionnelle de scènes et de figures qui apparaissent également dans mes dessins à la plume. Formellement, elles rappellent quelque peu les chinoiseries, apparentées au rococo, avec leurs formes ornementales, leur accent sur la matérialité, la nature stylisée et l’anecdotisme. En contrepartie, des formes plus épurées ont également vu le jour: des archétypes tels que des meules de foin, des huttes et d’autres formes enveloppées, qui ont été dépouillés et ramenés à leur noyau.

En raison de leurs formes austères, il a fallu accorder une grande attention à leur finition.

Grâce au polissage et au processus de cuisson dans lequel la fumée – mais aussi le hasard – joue un rôle majeur, ils ont reçu une peau réfléchissante qui ne montre pas immédiatement la véritable matière de l’objet. J’ai parfois ajouté des éléments en bois et en corde, qui évoquent une sorte de fonctionnalité. Avec leur matière naturelle et leur structure ouverte, ils forment un contraste avec les formes métalliques hermétiques. On pourrait les considérer comme une sorte d’ « antennes » de la réalité.

Dans les peintures, j’ai cherché à établir un lien avec les sculptures, tant dans la manière de peindre que dans la forme. Ici aussi, le processus de travail joue un rôle essentiel. De la même façon que mes personnages, qui accomplissent toutes sortes d’activités apparemment banales, je m’occupe, quant à moi, à fabriquer ma propre peinture, à préparer la toile, etc. ; et ces actes préparatoires ont pour moi la valeur d’une sorte de rituel. C’est comme si, à chaque couche, je n’ajoutais pas seulement de la matière, mais aussi du sens. En outre, cette activité artisanale me donne le sentiment de produire, en plus de l’image, également un objet.

J’ai tendu la toile comme une peau, avec une corde dans un cadre de bois, et ce procédé a donné un bord effiloché avec des trous dedans. J’ai voulu que ce bord reste visible dans le résultat final. Cela montre d’une part l’importance que j’attache à toutes ces couches constitutives, et d’autre part, cela établit un lien avec les sculptures, où les bâtons remplissent la même fonction.

J’ai consciemment opté pour une tonalité limitée et pour une manière de peindre qui est en fait proche de la sculpture, parce qu’à chaque couche, je pénètre un peu plus profondément dans le sujet. J’aime quand l’image et le sens se révèlent très lentement, et de préférence pas complètement. Les nuances des blancs et les ombres réciproques n’apparaissent pleinement que lorsque l’on regarde assez longtemps. Les yeux doivent prendre le temps de s’adapter aux infimes différences de ton.

Quant à la conception et la mise en place de l’exposition, j’ai surtout cherché à juxtaposer différentes formes de fermeture et d’ouverture, de matière et d’illusion, de légèreté et de lourdeur, sans oublier l’humour. J’ai essayé de créer des formes très diverses qui n’en donnent pas moins l’impression d’appartenir au même monde imaginaire, – et par là, qui sait, je dis peut-être aussi quelque chose sur le monde extérieur.

Ton atelier est-il une source d’inspiration ou trouves-tu ton inspiration ailleurs ?

Mon atelier est avant tout un lieu stimulant car tout y est fonction de l’œuvre. L’inspiration concrète naît essentiellement pendant le travail, par le contact direct avec le matériel. Le matériel ayant une longue histoire d’utilisation est particulièrement inspirant. Mon langage visuel est influencé par des choses que j’ai emmagasinées consciemment ou inconsciemment en moi. Il peut s’agir de presque tout ce qui croise mon chemin. Parfois, c’est quelque chose qui n’a duré qu’une fraction de temps, mais cela peut être aussi une chose que je fréquente depuis des années. J’aime être dans la nature. Les formes dans lesquelles le temps est visible m’attirent beaucoup, mais plus encore les infinies fluctuations de la nature, tangibles et intangibles, à la fois sur une vaste période de temps et en une seule saison – et dans tout cela, l’être humain toujours affairé.

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Date And Time

29/08/2020 - 14:00 to
24/10/2020 - 18:00
 

Lieu

Sint-Jorisstraat 109 rue Saint Georges, Hopstreet Gallery Brussels
 

Types d’évènements

 

Catégorie de l’évènement

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