Coeurs Simples, a solo show by Agnes Scherer

Coeurs Simples, a solo show by Agnes Scherer

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Notre société est-elle sur le point de reposer sur une classe de serviteurs à nouveau ? Avons-nous fait un bond en arrière vers l’époque victorienne, le XIXème siècle ? Beau- coup d’éléments nous permettent de le suggérer. Il est établi que le secteur des services s’est énormément développé. Une moitié de la société vit en servant l’autre. Servir, pas seulement chez Starbucks ou McDonald’s. Le « service avec le sourire » a également pris racine dans le secteur culturel, où les freelances semblent être devenus des serviteurs modernes. L’installation de grande ampleur d’Agnes Scherer nous ramène à l’époque des domestiques et, parallèlement, évoque le quotidien de ces freelancers de la culture, au bas de l’échelle de l’industrie. Le titre de l’exposition ‘Cœurs Simples’ nous donne un indice : la célèbre nouvelle de Flaubert ‘Un Cœur Simple’ raconte le destin d’une servante fidèle dans la France rurale du XIXème siècle Un perroquet – d’abord vivant, puis taxidermisé – devient le seul objet de son affection, chargé de l’espoir d’une vie au-delà de son labeur sans fin. La naïve Félicité de Flaubert n’est en aucun cas une artiste, mais une certaine naïveté cultivée par le milieu semble faciliter la tâche des artistes (et des autres indépendants du secteur de la culture) qui doivent eux aussi accepter le sort de la précarisation. Alors que Félicité envisage, en plein délire, de monter au paradis avec son « saint fantôme » aux plumes brillantes, les artistes semblent obnubilés par le mirage de leur éventuelle « percée » : « Est-ce l’année où je vais y arriver ? » ont-ils tapé dans la barre de recherche d’un oracle en ligne. La gloire et la richesse, les promesses du marché de l’art – pour la plupart des artistes, demeurent un perroquet empaillé.

Occupant tout l’espace de la galerie, l’installation de Scherer nous fait découvrir les ré- alités précaires de la vie dans l’industrie culturelle. La servante moderne est disponible en permanence et communique à tout moment. Partout sur le sol de la galerie, on trouve des copies (peintes) de courriers électroniques écrits par et pour les employeurs, les galeristes, les collaborateurs et l’agence pour l’emploi. La pièce centrale de l’exposition est un long panneau auquel sont accrochées des cloches : un système d’appel archaïque, dont les câbles parviennent jusqu’au bureau de la galeriste dans l’antichambre de l’es- pace d’exposition. Sous les cloches de ces servantes, un arrangement sculptural repré- sente deux femmes allongées sur un matelas, travaillant avec des ordinateurs portables et des téléphones mobiles. Elles nous apparaissent être des projections – telles des revenantes – de l’artiste elle-même. Leur état conflictuel entre le repos et la productivité, traduit une forme d’existence dans laquelle la frontière entre le privé et le professionnel est complètement flouée : la vie devient un travail 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Non seulement Scherer «déforme pour rendre reconnaissable» la réalité de ce type de vie quotidienne en recréant les accessoires et les ustensiles – le perroquet empaillé – de l’ère de communication, mais elle utilise aussi l’effet de distanciation de l’anachronisme pour mettre le présent en évidence. Les technologies de communication du XIXe siècle ren- contrent celles du XXIe siècle ; la cloche servante rencontre le téléphone portable. Sur un écran d’ordinateur portable peint, on retrouve l’image victorienne d’un domestique qui est sur le point de placer un nouveau-né dans la trappe d’un orphelinat. Elle hésite et doit choisir – comparable aux free-lances d’aujourd’hui qui doivent décider entre la parentalité et une vie professionnelle basée sur des contrats à court terme (ou pas de contrat), une flexibilité totale et, par conséquent, l’absence d’enfants. Comme dans les précédents travaux de Scherer, les périodes de l’histoire s’entremêlent. Le XIXe siècle apparaît au milieu du XXIe. La galerie devient un espace de négociation entre une ancienne et une nouvelle société reposant sur une classe de serviteurs. Le XIXe siècle se répète-t-il comme une farce ? Une tragédie ? Ou une tragicomédie ? En tout cas, dans l’œuvre d’Agnès Scherer, le passé et le présent se mêlent dans un spectacle de marionnettes, le monde de l’art apparaît mécaniquement dramatisé lorsque les figures de plâtre vacillent sur les fils du commerce. Le théâtre du «cœur simple» de Scherer dessine l’image d’une réalité dans laquelle les serviteurs du passé rencontrent ceux du présent.
– Oliver Marchart

Agnes Scherer (née en 1985 en Allemagne) développe des formes de présentation uniques en in- tégrant des artefacts faits à la main dans des cadres théâtraux holistiques. Les situations qu’elle crée sont à la fois amusantes et urgentes, évoquant des questions existentielles et transportant des discours critiques. Un questionnement persistant qui traverse son travail, vise les relations de pouvoir et les psychologies qui les sous-tendent. La première opérette de Scherer, Cupid and the Animals, a reçu le Nigel Greenwood Art Prize en 2015 et a été présentée au Museum Ludwig de Cologne en 2017, ainsi que par TRAMPS à Londres (2017) et à New York (2018). En 2019, son deuxième travail élaboré dans ce format, The Teacher, a été présenté par Kinderhook & Caracas à Berlin et bientôt à Cabaret Voltaire, Zürich, en octobre 2020. En octobre 2020 également, Scherer présentera la première partie de son troisième projet d’opérette, The Salty Testament at 1646 (Boekhorststraat) à La Haye. L’installation narrative de l’artiste, The Very Hungry présenté à Horse & Pony, a reçu le Berlin Art Prize en 2019. Agnes Scherer vit et travaille à Berlin.

Sans Titre (2016), 33, rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris

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Date And Time

05/09/2020 - 12:00 to
10/10/2020 - 19:00
 

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